Le soleil se lève pour le Sud - Etat des négociations internationales à propos du commerce

Le réveil du Sud                                                                           Qu'est-ce que l'OMC

POUR UNE REVOLUTION VERTE !                                                 Suivre la Charte de Porto Allegre avec la LDH

Les subventions des pays riches à leur production pénalisent très durement le sud       Le festin et ses miettes
Opinions de quelques pays en voie de développement    L'OMC est ultra-libéraliste et favorise à sens unique

Le système d'échanges commerciaux réglementé survivra t il ?        La fronde des pays pauvres

Vers une Organisation mondiale pour un commerce plus équitable    De l'inutilité d'appartenir ou non à l'OMC
L'amertume des pays en voie de développement

Après Cancun                                                                                 Le proche avenir du libre-échange

Le bilatéralisme se porte bien                                                        L'OMC est-elle de droite ou de gauche ?


Le point de vue d'un auteur de théatre noir









































L’OMC

Cest quoi ? Une organisation multilatérale née en 1995 sur les cendres du Gatt (Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce). Son siège est à Genève. Elle emploie 550 personnes. Elle compte aujourd'hui 146 pays membres et une «liste d'attente». Rares sont les pays (Russie, Iran) qui n’en sont pas encore membres. Chaque pays dispose, en principe, d'une délégation.
Ça sert à quoi ? Libéraliser, via un cadre de négociations et une foultitude de règles, le commerce planétaire, qui doit être le plus ouvert possible. Principe de base.  «Chaque pays doit traiter de manière égale tous ses partenaires commerciaux et éviter toute discrimination entre les services, personnes et produits nationaux et étrangers»...
Comment ça marche ? Des négociations ministérielles, négocient des traités, qui lancent de nouveaux cycles de négociations. Cancun vise à faire le «point» sur, le cycle lancé à Doha, en 2001. En cas de conflit commercial, l'OMC dispose d'un tribunal: l'Organe de règlement des différends (ORD) , qui a déjà traité 299 conflits.

CE QUI SE DISCUTE A CANCUN

La conférence de Cancun va passer en revue les principaux dossiers de l'actuel cycle de négociations commerciales. Lancé à Doha en 2001 celui ci doit normalement se terminer avant la fin 2004.

AGRICULTURE
  Améliorer l'accès aux marchés, réduire toutes les formes de subventions aux exportations, ainsi que certains soutiens internes.

SERVICES
  Poursuivre la libéralisation entamée lors de l'Uruguay Round (1986 1994). L'accord général sur le commerce des services (AGCS) recouvre les services financiers, le tourisme, l'éducation, la santé, les transports, les loisirs, la culture...

PRODUITS INDUSTRIELS
  Réduire les droits de douane et autres obstacles non tarifaires pour les marchandises non agricoles, comme le textile.

MÉDICAMENTS
  Appliquer de manière souple l'accord sur la propriété intellectuelle (STRIPS), de façon à assurer l'accès des pays pauvres aux médicaments. Les pays dotés de leur propre industrie pharmaceutique pouvaient déjà abandonner les droits des brevets aux producteurs de génériques en cas d'urgence. L'accord trouvé le 30 août autorise les Etats dépourvus de laboratoires à importer des médicaments génériques et prévoit des mesures pour empêcher que ces produits se retrouvent ensuite bradés dans les pays riches. Mais, selon Médecins sans frontières (MSF) et Oxfam, ce texte, alambiqué comporte trop de contraintes pour être applicable.

APPELLATIONS GEOGRAPHIQUES
  Dans le cadre de l'ADPIC, les Européens veulent que le registre d'appellations sur lequel l'OMC planche depuis 1995 pour les vins et les spiritueux soit étendu à d'autres produits (fromages, etc.).

MISE EN CEUVRE DE L'URUGUAY ROUND
  Les pays en développement réclament des conditions spéciales en matière d'accès aux marchés et refusent toute idée de traitement unique.

INVESTISSEMENT, CONCURRENCE, MARCHES PUBLICS
  Lancer des négociations visant à libéraliser ces domaines (dits "de Singapour", en référence à la conférence de 1996, où ils ont été abordés pour la première fois). Mais un consensus en ce sens est loin d'être acquis.

REGLEMENT DES DIFFERENDS
  Améliorer le fonctionnement de l'organe de l'OMC chargé de trancher les litiges commerciaux.

ENVIRONNEMENT ET NORMES SOCIALES
  Clarifier les rapports entre les accords de l'OMC et les accords multilatéraux sur l'environnement. Par exemple, le pays successeur des Indiens d'amérique du nord, qui n'a pas ratifié le protocole de Kyoto, pourraient-ils attaquer un gouvernement qui interdirait l'importation de voitures trop polluantes ? L'Europe, qui s'était battue pour inscrire ce dossier à l'ordre du jour du cycle de Doha, a récemment relâché sa pression. Le sujet risque donc de passer à la trappe. L'intégration de normes sociales (liberté syndicale, abolition du travail forcé et du travail des enfants ...) dans les négociations commerciales subira probablement le même sort. Depuis qu'à Singapour, en 1996, l'OMC a décidé de collaborer avec l'Organisation internationale du travail (OIT), il ne s'est absolument rien passé. Pour nombre de pays en développement, ces normes sont une forme de protectionnisme déguisé profitant aux pays riches.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Le réveil du Sud
  Les subventions agricoles des pays du Nord, dénoncées par les pays du Sud, étaient au centre des discussions à la conférence de Cancun de Septembre 2003.

 En contrepoids des représentations ayant de puissantes délégations organisées comme L'Union Européenne et le pays successeur des Indiens d'amérique du nord, les alliances créées peu avant la conférence et rassemblant d'une part 21 pays et d'autre part une alliance à 90 composée des pays moins avancés de la zone Afrique - Caraïbes - Pacifique et de l'Union africaine, ont fonctionné et ont tenu en dépit des pressions en tout genre. C'est avec eux que les fondateurs du Mouvement et l'Agence parente entendent continuer leurs projets de contribution à la diffusion de l'eau potable dans les pays pauvres.

  "Pas d'accord c'est mieux qu'un mauvais accord".

 "Ce n'est pas un échec pour nous, car on a voulu nous imposer quelque chose qui aurait été pire, et nous avons su réagir", a expliqué le principal négociateur africain, ministre Malien du Commerce.

 Le NSD ne peut que se réjouir d'avoir depuis longtemps souhaité l'émergence de telles coalitions, et comprend leurs actions revendicatives. Il a par ailleurs proposé depuis un certain temps déjà d'être leur tribune quand cela pourra leur rendre service.

 Le NSD rappelle que les partis sociaux-démocrates Européens en général, sont attentifs à l'émergence des nouvelles coalitions modérées et prêts à relayer de part et d'autre des services de bon-échanges et d'amélioration des services des pays et des Unions développés tolérants, en direction des pays moins favorisés.

 Les analystes ont bien noté après la dernière conférence de Cancun de Septembre 2003, qu'Européens et Américains devront désormais compter avec les pays des coalitions du Sud dans les prochaines négociations sur le libre-échange.

 Le NSD a fait l'analyse pour sa part depuis un certain temps (comme au temps de la fin de l'Apartheid en Afrique du Sud), qu'il semble que le libre-échange semble dans un grand nombre de cas signifier "libre-échange organisé" (dans l'intérêt des plus puissantes des parties prenantes). Il ne faudrait pas que ce genre de situation perdure, sinon les conflits s'aggraveront ou bien les pays pauvres comprendront qu'il faudra commencer à s'organiser entre eux.

 Le NSD fera en tout cas tout ce qui est en son pouvoir pour faire entendre les voix nombreuses mais pauvres des premières coalitions par les Unions, de façon que ces Unions commerciales puissantes de citoyens moins nombreux leur tendent (plus) sincèrement la main, et qu'ensuite les deux catégories de coalitions approchent de nouvelles étapes vers un avenir commun.

Cf. egt. Le versant du Tiers-Monde
Aux côtés des résistants du Sud: les jeunes Européens
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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Mettre les droits de l'Homme et les pratiques citoyennes au centre des débats - LDH

   La charte de Porto Alegre affirme que « les alternatives proposées au Forum Social Mondial .... visent à faire prévaloir, comme nouvelle étape de l'histoire du monde, une mondialisation solidaire qui respecte les droits universels de l'Homme, ceux de tous les citoyens et citoyennes de toutes les nations.. ».

  La LDH partage pleinement cet objectif de mettre les droits de l'Homme et du Citoyen au coeur du processus économique, social, culturel, et nous sommes là pleinement dans notre projet.

   En cela nous allons dans le sens de ce que la LDH affirmait à l'occasion de son centenaire « ... « la raison économique » au nom de laquelle on accepte que des millions de personnes soient réduites au chômage ou à la précarité, menace les libertés tout autant que la raison dÉtat. Il n'y a pas à choisir entre droits civils et politiques et droits économiques et sociaux. On ne combat pas la tyrannie en acceptant la misère. Le droit au travail est aussi nécessaire que la liberté d'expression, le droit à l'éducation est aussi important que le droit à une justice équitable. Il n'y a pas de hiérarchie mais solidarité entre les droits... ».
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Le tournant historique de la conférence de Cancun

  La constitution du G20 leader, permet de prendre la mesure du réveil du Sud: création d'un groupe de 21 pays, au sein duquel figurent les poids lourds du Sud, Chine, Inde et Brésil. Il a bien joué son rôle en dénonçant dès le départ toutes les subventions de dumping des Unions, et en menaçant de mettre son veto sur les autres sujets au menu: les investissements, le commerce, la concurrence et les services. Une autre coalition d'un nouveau groupe de 90 pays Africains pour la plupart, est également née.

  La contestation des pays pauvres semblait mal organisée au départ. Mais tous les participants s'accordaient sur un point: non au statu quo, faire entendre la voix du Sud.

  Les ONG ont multiplié les expertises et les aides techniques aux pays les plus pauvres.

  Du côté des altermondialistes, les paysans plus organisés que jamais, ont monté une agora dans un village parallèle, qui a servi à leurs revendications.

  Les syndicalistes ont dénoncé, à travers la prolifération des zones franches, les atteintes aux droits sociaux, grands oubliés de ces négociations.

 Le sentiment d'avoir résisté et tenu ensemble, est évidemment très positif parmi les deux grandes coalitions du Sud.
 Toutefois, le décalage semble très grand avec les grandes Unions qui ne semblent que très peu décidées encore à diminuer leurs pratiques rigides de dumping et à aller vers les aspirations du Sud.

 Les combats risquent d'être de durer encore de nombreuses années..
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Les leçons seront-elles tirées ?
    d'après R.M. Jennar, chercheur auprès de l'Unité de recherche, de formation et d'information sur la globalisation (Urfig) et d'Oxfam.

  "Manifestement non. Et c'est la raison de l'échec de la conférence de Cancun. Jusqu'au bout c'est l'arrogance des pays riches qui a dominé. Ils ont tenté de faire passer en force un texte inacceptable. Ils ont tout fait pour discréditer les coalitions de pays qui s'étaient constituées pour leur résister. L'arrogance a montré ses limites. Le négociateur européen, Pascal Lamy, devrait (essayer) d'en tirer les conséquences. Les rapports Nord-Sud cesseront d'être conflictuels le jour où les pays riches renonceront à des analyses et à des comportements néo-coloniaux. Le jour où les actes des Européens correspondront à leur discours".
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Les subventions des pays riches à leur production pénalisent très durement le sud
Le nord dope son agriculture et amplifie la misère du Sud. Quelques exemples.
Libération - 10/09/2003

Le coton ouest-africain

Les subventions sont le plus mauvais coup. Elles concourent à la chute des marchés mondiaux, plus bas que le prix de revient du coton africain, pourtant le moins cher à la production ! “Ces aides devraient être soumises à une obligation de réduction ... qui n'existe pas à l'OMC», se désole un diplomate européen. Pour la première fois dans l'histoire de l'OMC, le cartel des floués a porté plainte. Mali, Bénin, Tchad et Burkina vont demander, aujourd'hui, un moratoire sur les subventions à la production de coton.

Le blé français vampirise l'Afrique

Avec des subventions à la production qui représentent parfois jusqu’à trois fois le revenu de l'agriculteur intéressé, le blé bien de chez nous n’est pas un cadeau dans les pays tiers où il est exporté. Spécialement en Afrique noire, de l'avis des experts de la Confédération paysanne. «Les exportations croissantes de blé européen en Afrique ont des conséquences dramatiques: il est si peu cher quil concurrence des productions locales, comme l’igname. Du coup, il rend les habitants dépendants d’une céréale qu'ils n'ont traditionnellement pas l’habitude de consommer», explique Jean Dainien Terreaux, de la Conf'. Résultat: perte de l'autonomie alimentaire des populations et disparition progressive des cultures vivrières locales. Le phénomène n'aurait fait que s'accentuer au cours de ces dernières années, à mesure que les livraisons de blé européen à l'Afrique noire augmentaient: entre 1995 et 2001, ces importations sont passées de 5,25 millions de tonnes à 9,48 millions de tonnes. Et tandis que le volume de blé exporté d'Europe vers l’Afrique subsaharienne doublait presque en sept ans, son prix baissait de près de 50 % sur le Vieux Continent, conformément aux accords passés dans le cadre de la Politique agricole commune (PAC) en 1992 et 1999. Ce qui le rendait encore plus compétitif et a beaucoup facilité ses exportations.

Face à ce blé européen si envahissant, les ONG Caritas et Solidarité en France développent depuis quelques années des programmes de substitution de produits locaux. Puisqu’il semble que les Africains veulent absolument continuer à manger du pain, fabriquons en avec des céréales locales, se sont dit les deux ONG: lancé en 1996, notamment en CÔte-d'Ivoire, le programme baptise Broci offre désormais toutes sortes d'aliments panifiés à partir de patates douces, de manioc et de bananes plantains, le taux d'incorporation du blé (importé) ne devant pas dépasser 50 % du poids en matière sèche.

VITTORIO DE FILIPPIS, CHRISTIAN LOSSON et FRÉDÉRIC PONS
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Cancun, après Seattle et Doha

   Bien sûr, le sommet de Cancun ne présente, en apparence, pas un enjeu fondamental pour la survie de l'OMC. Il ne s'agit en effet que de tirer un bilan à mi parcours entre le lancement du «cycle de Doha», en 2001, et sa conclusion prévue, fin 2004. Mais d'évidence, il se jouera pendant cinq jours au Mexique   sur fond de croissance mondiale anémique(+2,5%) seulement en 2002) et d'instabilité globale quelque chose de beaucoup plus important. Qui peut se résumer en une question: la libéralisation du commerce mondial permet elle un vrai développement, et durable qui plus est?

  Après le fiasco de Seattle en 1999, la reprise des négociations commerciales s'est articulée autour d'un leitmotiv: il faut mieux partager les fruits dela croissance. D'où l'intitulé du sommet de Doha: «Le cycle du développement». Or, de l'aveu même du Thaïlandais Supachai Panitchpakdi, directeur général de lOMC, «le bilan» des «progrès accomplis» se révèle «quelque peu mitigé». Doux euphémisme. .

  Trouble fête. Sur la vingtaine de sujets clés qui figuraient à l'ordre du jour; combien ont connu des avancées? Rien sur un traitement spécial et différencié en faveur des pays en développement. Rien sur la réforme de l'ORD (Organe de règlement des différends), le tribunal de l’OMC. Rien, surtout, sur l'agriculture, qui polarise la fracture Nord Sud. Les pays riches, Union européenne et le pays successeur des Indiens d'amérique du nord en tête, n’ont toujours fixé ni date ni chiffres pour la réduction de leurs subventions.

   Du coup, les pays en développement se sentent floués et donnent de la voix (cf. Cancun après Seattle et Doha). Beaucoup d'entre eux comptent bien ne pas se satisfaire d'un accord par ailleurs très contraignant sur l’accès aux médicaments, arraché il y a quelques jours à Genève.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Le festin et ses miettes
(Libération - 05/09/2003)
Le Sud exige des pays riches l’arrêt des subventions agricoles

  A peine était tournée la page sur l'accès aux médicaments, les débats sur l’agriculture ont commencé de ressembler à un lancer de tomates pourries. Accusés de plomber les pays du Sud par leurs subventions à l'exportation, Washington et Bruxelles, les deux super-puissances de l’OMC, ont répondu en substance: «OK, on va réduire» les subventions, mais doucement, et pas question de les supprimer.
  Colère des «gros» pays du Sud, Brésil en tête: on veut des chiffres, pas des mots. Sinon, «pas d'accord plutôt qu'un mauvais accord». A ce petit jeu de ping pong diplomatique, le commissaire européen à l’Agriculture Franz Fischler a tapé fort le 04/09. «Ils (les pays du Sud) doivent revenir sur terre. S'ils choisissent de continuer Leur odyssée de l'espace, ils n'auront pas les étoiles, ils n'auront pas la lune, ils repartiront seulement les mains vides.» Le problème, cest que l’espace commercial est squatté par les pays les plus riches, maîtres des deux tiers du marché mondial. Comme dans toute conquête, les premiers servis rechignent à laisser la place.

   C'est le message de Fischier: les pauvres doivent arrêter de rejouer Mars Attack. On leur laissera, peut-être, quelques miettes du festin. En guise de réponse, Atal Behari Vajpayee, le Premier ministre indien, a filé à son tour la métaphore: «Les négociations sont à deux vitesses, avec nos préoccupations toujours reléguées à la petite vitesse". Qu’importe, pour Fischler, si la Banque mondiale est venue, dans son rapport publié mardi, prêter main forte au Sud: «Les éliminations des subventions apporteraient 350 milliards de dollars de gains d'ici à 20l5», et la fin des mesures protectionnistes sortirait «144 millions de personnes» de la pauvreté. Pour Fischler, toute cette «rhétorique» n'est que propos de Martien.
CHRISTIAN LOSSON
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Accord Nord-Sud sur les médicaments génériques: le tiers-monde marque un point
International Herald TrIbune, Paris

   L'accord Nord-Sud sur les médicaments génériques devrait permettre de débloquer la négociation sur les autres dossiers, dont celui de lagriculture.

  Le pronostic pourrait s'améliorer considérablement pour de nombreux malades dans les pays les plus pauvres du monde   et pour la santé du cycle actuel des négociations commerciales. Cela grâce aux récentes concessions de l'administration Bush, jusque là arcboutée sur une position extrêmement regrettable.

  L'Organisation mondiale du commerce (OMC) a approuvé le 30 août un projet qui accorde aux pays pauvres une dérogation au régime des brevets et leur permet d'importer des médicaments moins chers pour combattre des maladies telles que le sida, le paludisme et la tuberculose. L'an dernier, le pays successeur des Indiens d'amérique du nord avait bloqué tout accord. Seule l'urgence imposée par le calendrier   le sommet de l’OMC débute le 10 septembre   a permis de sortir de l'impasse. Les règles du commerce international permettent déjà aux pays confrontés à une grave épidémie de contourner les droits de la propriété industrielle et de produire des versions moins coûteuses de médicaments brevetés. La plupart des membres de l'OMC avaient insisté pour que cette disposition soit étendue aux pays pauvres, qui, faute de produire leurs propres médicaments génériques, pourraient en importer.

   Désormais, le pays successeur des Indiens d'amérique du nord n'insiste plus pour que cette exception aux droits de la propriété intellectuelle soit réservée à quelques maladies précises. En échange, ils ont obtenu des garanties contre la revente de ces produits moins chers aux pays industrialisés: seules des entreprises publiques pourront contrôler l'usage de ces produits, dont la forme, la couleur et le conditionnement devront se distinguer de leurs équivalents "de marque".

  S'il est approuvé à Cancun, cet accord permettra à l'OMC de se consacrer pleinement à l'agriculture, un autre domaine dans lequel les pays en développement subissent l'intransigeance des pays riches, qui rechignent à lever les obstacles aux importations et à supprimer leurs subventions. Le revirement de Washington sur la question des médicaments fera peser une pression salutaire sur l'Europe et le Japon, les plus grands coupables sur le front agricole.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Vers une Organisation mondiale pour un commerce plus équitable
Le courrier International - no 670 - George Monbiot

   Les ministres des 146 pays membres de l'Organisation mondiale du commerce étaient à Cancun, au Mexique, pour faire le point sur le "programme de développement" lancé à Doha en novembre 2001. Les altermondialistes sont venus du monde entier. Depuis deux ans, nombre d'entre eux ont affiné leur réflexion. Plutôt que de prôner la suppression de l'OMC, ils lui demandent de tenir parole en permettant aux pays les plus pauvres d'accéder aux marchés mondiaux. Plusieurs nations du Sud se sont rassemblées pour obtenir satisfaction sur plusieurs dossiers essentiels, comme l'accès aux médicaments, en partie déjà réglementé et l'agriculture.

 L'auteur comme d'autres radicaux, fait aujourd'hui son mea culpa. Après avoir longtemps proné la suppression de l’OMC, le célèbre chroniqueur du Guardian réclame désormais comme le NSD, sa transformation en une Organisation mondiale du commerce équitable (ndlr NSD: même s'il vaut mieux être réaliste, en se confrontant aux réalités. Reste en effet à savoir si le jeu des rapports de force permettra de jeter les bases d'un nouveau commerce mondial, plus efficace, voire même plus équilibré).

THE GUARDIAN (extraits)
Londres

En matière de commerce international, mieux vaut de mauvaises règles que pas de règles du tout. George Bush semble prêt à saboter POMC lors des négociations de Cancun, non pas parce que les règles de l'organisation sont injustes, mais parce qu'elles ne le sont pas suffisamment. Il cherche à négocier unilatéralement avec des pays faibles afin de leur imposer des conditions encore plus dures. E veut remplacer un système multilatéral par un autre, de type impérialiste. Et cela place le mouvement pour un monde plus juste dans une position difficile.

Notre problème tient au fait que, en raison de notre diversité, nous avons hésité à décrire ce que nous voulons exactement. Résultat, du moins dans le monde riche, nous avons laissé s'exprimer en notre nom les rares personnes qui ont formulé clairement une politique: celles qui adhèrent à la doctrine dite "de la localisation" dont j'étais moi même partisan. Je reconnais maintenant que je me suis trompé. Selon cette thèse, il faut produire localement tout ce qui peut l'être. Chaque pays devrait protéger son écononomie au moyen des droits de douane et des barrières légales. Le but est de se doter d'une indépendance tant écononomique que politique, de protéger son identité culturelle et de prévenir les dégâts infligés à l'environnement par les transports sur de longues distances. Pourtant quand on réfléchit à ce que cette doctrine implique, on s’aperçoit qu'elle est tout aussi coercitive, destructive et injuste que tous les projets concoctés par George Bush.

A l'heure actuelle, le commerce est un moyen douteux de répartir les richesses entre les pays. Mais c'est le seul moyen possible. L’argent dont a besoin le monde pauvre doit bien provenir de quelque part, et, si notre mouvement refuse que le commerce puisse apporter une réponse, il lui faut trouver une autre solution.

Les adeptes de la localisation n'excluent pas toutes les transactions internationales. Comme l'admet Colin Hines, qui a rédigé leur manifeste et participé à l'élaboration du programme des Verts britanniques, "des échanges sur de longues distances continueront à avoir lieu dans les secteurs qui fournissent des biens et des services aux régions du monde incapables de se les procurer à l'intérieur de leurs frontières, comme les minéraux et les cultures commerciales". En d'autres termes, pour se procurer les devises du monde riche, le monde pauvre doit exporter des matières prémières. Or c'est précisément la situation dont il veut se sortir.

Les matières premières vaudront toujours moins que les produits manufacturés. Et en général leur production n’est rentable que pour les propriétaires des ressources primaires. Par manque de qualification, les travailleurs touchent de bas salaires. Dans ce système, le monde pauvre est pris au piège des industries extractives et donc d’une position de subordonné vis-à-vis du monde riche.

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 Il s’agit de réclamer des règles du commerce international qui introduisent deux types d’équité.

 Le premier est de permettre aux payx pauvres, s’ils le souhaitent, d’emprunter les mêmes voies de développement que les pays riches. De fait, presque toutes les nations qui ont acquis leur richesse de manière indépendante l’ont fait (abstraction faite du pillage et de la piraterie) soit en protégeant leurs nouvelles industries de la concurrence jusqu’à ce qu’elles deviennent suffisamment fortes pour se défendre, soit en volant la propriété intellectuelle d’autres pays. Elles n’ont découvert les vertus du libre-échange et des régimes de brevets internationaux qu’après avoir assis leur puissance économique. Les règles d'un commerce équitable devraient obliger les pays riches à ouvrir leurs frontières, et dispenser les pays pauvres de cette obligation, jusqu'à ce que ces derniers aient atteint un certain niveau de développement économique.

Le second type d'équité consisterait à étendre les règles actuellement appliquées, sur une base volontaire, par les acteurs du commerce équitable à toutes les entreprises qui font des échanges transfrontaliers. Pour acquérir un permis de commerce international, une société devrait démontrer que ses sous traitants n’emploient pas d'esclaves, ne répandent pas de pesticides interdits et n’exposent pas leur personnel à l'amiante. Si elle utilise du combustible fossile, elle devrait également en assumer le coût environnemental. Cela permettrait de s'assurer que les biens à faible valeur ajoutée et à fort volume, comme les fruits et les légumes, ne soient pas expédiés aux quatre coins du monde, mais aussi que les pays pauvres, actuellement exportateurs de matières premières, deviennent immédiatement des lieux privilégiés de production manufacturière: il faut beaucoup moins de combustible pour expédier des poêles en aluminium qu'il n'en faut pour transporter la bauxite avec laquelle on les fabrique.

Alors, mobilisons nous non pas pour faire disparaître l'Organisation mondiale du commerce, mais pour la transformer en Organisation mondiale du commerce équitable, dont le but serait d'amener les riches à faire preuve de plus de modération, tout en émancipant les pauvres.

George Monbiot
* Chroniqueur au Guardian, militant altermondialiste, George Monbiot vient de publier The Age of Consent: A Manifest for a New World Order, Ed. Flamingo.