Les conséquences de notre soumission (de notre lâcheté par l'acceptation) volontaire d'une situation (où des peuples souffrent et même parfois sont torturés)

 Gandhi disait :

« ce n’est pas tant par leurs canons que les Anglais nous dominent que par notre soumission volontaire ».

  Les poches d'ultra-manichéisme comme au Laos ont en réalité toujours existé.

  A n'importe quelle époque ce qu'il faut chercher à déterminer c'est : "Avons-nous cette fois-ci affaire à une production de manichéisme si violente et si étendue qu'elle menace vraiment la planète plus dangereusement que les autres fois ?"

 , et nous ne devons donc pas voir que l'exemple présent ou le plus récent que nous avons eu sous les yeux, ni accuser spécialement de manichéisme violent leurs derniers auteurs si nous n'avons pas d'abord réfléchi qu''ils ne sont peut être pas plus extrémistes que d'autres avant eux. Sinon nous nous comportons comme celui ou celle qui après une réunion ne retiendrait que celui ou celle qui a parlé en dernier.

 A partir de cette réflexion il est possible de tenter de s'extraire un peu du spectable de la situation parfois effroyable dont soufrent des gens, et d'élever son esprit à un niveau plus général et de se dire :

 "Le beau combat d'une vie (la mienne peut-être) ne sera-t-il pas à partir de maintenant la (tentative de) libération (avec tous mes frères et soeurs) de la planète des manichéismes quels qu'ils soient (les plus violents et les autres), manichéismes dont j'ai compris qu'ils apparaissent et disparaissent plus ou moins rapidement et en poches plus ou moins intenses de façon dynamique et variable au cours de la vie courante de la planète, et pas seulement contre certains ?"
 
 

Voir également

Le Camp de l'abolition de la torture
 
 
 
 
 
 

Ndlr :

1a - Gandhi avait choisi une voie de résistance a-manichéenne [1b], plus précisément "sans violence".

1b - C'est à dire refusant la loi du talion qui peut amorcer un cycle vengeances-répressions sans fin, ou dont on souhaite épargner sa propre population que la jeunesse (qu'on voit enrôlée sous ses yeux, mais qui sinon vit) dans les territoires de leur (tout autant) oppresseur gouvernemental parfois. Quand cette voie n'est pas empruntée, voir par exemple le 2è attentat au WTC.

2 - On peut également citer l'article « désobéissance civile » ou « désobéissance civique » - Attac France

 "J’ai beaucoup de réserve sur l’expression « désobéissance civile » ou « désobéissance civique » à propos de différentes actions, à commencer par celle des faucheurs volontaires d’OGM en plein champ.

Ces actions sont positives et doivent être défendues mais je ne crois pas que les expressions de désobéissance civique ou civile en rendent compte correctement.
Il faut bien voir que dans des pays supposés démocratiques, la désobéissance est par nature une infraction au principe démocratique.

 Cela pose question.

  Au 19è siècle David Thoreau employa également la notion de lâcheté (soumission) volontaire qui certes, invoquait sa conscience individuelle pour s’opposer à la guerre ou à l’esclavage, ce qui parait positif ; mais ce même David était en fait un partisan de l’individualisme en philosophie et du libéralisme absolu, lui qui notamment commençait son texte sur la désobéissance par « je souscris de bon cœur à l’expression qui dit que le meilleur des gouvernements est celui qui gouverne le moins».

 Bien avant Thoreau, nous avons aussi le mythe d’Antigone : pour pouvoir enterrer l’un de ses frères, elle a décidé, au péril de sa vie, de désobéir à la loi de la cité promulguée par Créon. On peut voir dans ce mythe des aspects positifs, savoir le recours à une loi supérieure pour refuser d’obéir aux lois de la Cité, et aussi comme on l’a fait remarquer dans le débat, l’affirmation de la conscience et de la volonté d’une femme contre l’oppression ; cependant, on peut voir aussi, dans l’histoire d’Antigone, les aspects moins positifs, à savoir le caractère strictement individuel et individualiste de l’action qui n’est en rien une action collective et qui n’a pas, non plus, pour but de faire évoluer la société.

 En toute hypothèse, l’une des grandes difficultés de ce thème est la suivante : nous disons qu’il ne faut pas obéir à une loi injuste, très bien ; mais la question est de savoir qui décide que la loi est injuste (si Antigone avait été une fasciste elle aurait pu tout aussi bien décider de l'extermination de toute la cité comme ce à quoi nous avons assisté au Chili, en Asie, en Afghanistan, en Irak, etc. au 20è siècle et au début du suivant pour l'instant).

Comment distinguer et trouver positif le fait que des femmes déclarent avoir avorté, contrairement à la loi, pour faire avancer la société ; et d’autre part, que des militants anti IVG s’enchaînent devant les salles d’opérations pour empêcher des IVG dans le but proclamé de faire évoluer la société ? On m’a reproché, dans le débat, d’ avoir posé cette question en ne voyant pas le caractère politique du combat : en réalité, le combat est évidemment un combat politique, personne n’en doute, mais je reste gêné par l’idée de dire que nous avons raison parce que nous sommes progressistes et collectifs et que les autres ont tort parce qu’ils sont réactionnaires et collectifs : je sais bien que je schématise mais il me paraît qu’il faut être conscient du problème (ndlr : des positions arbitrairement tranchées en "pour" ou "contre" et abusivement manichéennes afin de forcer l'adhésion).

De la même façon, le rapport entre légalité et légitimité (sur lequel je travaille depuis 41 ans) pose le même type de problème ; et j’ai bien entendu dans la salle les protestations lorsque je l’ai dit : la légalité est une donnée quasi objective et même tout à fait objective : dès l’instant où les tribunaux ont dit que telle chose était légale, c’est devenu effectivement légal même si ça ne nous plait pas ;

La légitimité, par contre, est une conception plus subjective, plus politique : ça ne la met pas à un niveau inférieur mais différent : les colons Israéliens en Palestine considéraient que la légitimité leur faisait un devoir de désobéir aux lois israéliennes qui n’étaient que légales lorsqu’elles prétendaient faire évacuer certains territoires occupés….

Pour ce qui concerne les associations comme ATTAC, je dois rappeler aussi, parce que je suis juriste et parce que je l’ai vécu notamment avec l’affaire des DIX DE VALENCE, qu’il faut que les militants qui font des actions dites de « désobéissance » soient précisément prévenus des risques qu’ils encourent qui peuvent aller pour certains fonctionnaires, notamment les enseignants, jusqu’à leur révocation de la fonction publique.

Pourquoi ont-ils raison ? je ne crois pas que ce soit par application d’une théorie générale de la désobéissance civile comme remède ou même comme méthode, mais parce qu’ils agissent dans un état de nécessité, pour appliquer le principe général de précaution, parce que leur action est une action collective qui fait avancer la société.

Les actes de désobéissance étant souvent des atteintes à certains aspects de la propriété, je voudrais terminer en rappelant Robespierre : « lorsque nous avons dit que la liberté de chacun a une borne et que cette borne est la liberté d’autrui, nous avons eu raison ; comment se fait-il qu’à propos du droit de propriété (ndlr : ou du manichéisme), vous n’acceptiez pas de poser la même borne ? »

auteure : Albala Nuri