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D'après http://www.cyberpresse.ca/article/20051111/CPMONDE/51111046/1037/CPMONDE

IRAN
Moscou, le «joker» de la crise nucléaire
Victoria Loguinova
Agence France-Presse
Moscou

Moscou se présente comme le «joker» de Téhéran, faisant miroiter un «plan russe» qui permettrait à l'Iran d'éviter une crise sur son programme nucléaire, comme l'a suggéré vendredi le chef de la diplomatie, Sergueï Lavrov, évoquant une solution «dans un avenir proche».

«Nous comptons obtenir des résultats dans un proche avenir», a déclaré M. Lavrov devant la presse à Moscou, interrogé sur ce plan, avec en toile de fond l'évocation d'une possible visite en Iran du directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), Mohamed El-Baradeï, pour présenter un compromis sur le maintien d'activités nucléaires sensibles.

«La Russie coopère étroitement avec la Troïka européenne, les États-Unis et l'AIEA pour régler par la voie politique toutes les questions liées au programme nucléaire iranien», a ajouté le chef de la diplomatie russe, sans plus de précisions sur la façon dont les autres protagonistes accueillent le plan russe.

Cette agitation autour de ce plan intervient à un moment où, au siège de l'AIEA, des diplomates ont évoqué ce compromis, formulé par Moscou, selon lequel l'Iran pourrait continuer à convertir sur son territoire l'uranium sous forme gazeuse, mais devrait ensuite l'envoyer en Russie pour enrichissement avant de pouvoir l'utiliser pour son programme nucléaire civil.

Téhéran a laissé entendre pour sa part vendredi qu'il était ouvert à un compromis. «Ce qui est important pour l'Iran, c'est de faire de l'enrichissement (d'uranium) sur son propre sol», a déclaré le dirigeant chargé du dossier, Ali Larijani. Mais, a-t-il ajouté, si une proposition de mener l'enrichissement à l'étranger est avancée officiellement, «nous en discuterons».

À Moscou, un responsable de l'Agence fédérale de l'énergie atomique russe, Rosatom, a indiqué à l'AFP sous le couvert de l'anonymat que «des représentants de l'Agence devaient partir dans la soirée (vendredi) pour l'Iran et que cette question de l'enrichissement pourrait être abordée». Il a évoqué la «probable» présence du chef du Conseil de sécurité russe, Igor Ivanov, dans la délégation.

«La Russie va fabriquer la bombe atomique pour l'Iran», titrait ironiquement le quotidien en ligne indépendant russe Gazeta.ru. «Pour l'Iran, la proposition russe représente une véritable porte de sortie pour la crise nucléaire, qui lui permet de sauver la face et de conserver des relations supportables avec l'Occident et l'ONU», ajoute le quotidien russe.

«En cas d'adoption de la "variante russe", de nouvelles perspectives de coopération avec Téhéran s'ouvrent pour notre pays», qui construit déjà la centrale nucléaire de Bouchehr en Iran, au grand dam de Washington, relève par ailleurs le journal.

«Les Américains repoussent l'uranium iranien sur le territoire russe», titrait, quant à lui, le quotidien Nezavissimaïa gazeta, sans douter du soutien - non-confirmé - de Washington et des Européens à ce compromis.

Le journal évoque comme un signe sûr d'un accord la récente visite aux États-Unis d'Alexandre Roumiantsev, le chef de l'agence atomique.

«L'Occident s'apprête à tenter dans les prochains jours un nouveau règlement pour le nucléaire iranien», assure le journal, «et Moscou est le principal acteur des tractations à Washington, Londres et Paris». «Différentes options sont actuellement examinées par des experts, des diplomates et des spécialistes du nucléaire», a quant à lui prudemment ajouté vendredi le chef de la diplomatie russe, la secrétaire d'État américaine, Condoleezza Rice, ayant de son côté démenti avec fermeté jeudi l'existence d'un accord de compromis entre les États-Unis et l'Union européenne.

Même en cas d'adoption de ce plan russe de compromis par toutes les parties, «la décision d'enrichir l'uranium iranien sur le sol russe ne sera qu'une mesure temporaire d'apaisement de la crise», estime Anton Khlopkov, directeur adjoint du Centre de recherches politiques PIR à Moscou, évoquant les nombreux autres problèmes posés par le régime iranien.