MEMORIAL DU MARECHAL LECLERC DE HAUTECLOCQUE ET DE LA LIBERATION DE PARIS   MUSEE JEAN MOULIN


23 allée de la 2e DB 75 015 Paris   tel.01 40 64 39 44 fax.01 43 21 28 30  

 

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Des Allemands contre le nazisme

1933-1945


photo Karin Maucotel © Paris Musées

Dans le cadre de la coopération entre les villes de Paris et de Berlin, le Mémorial du Maréchal Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris - Musée Jean Moulin accueillent l'exposition " Des Allemands contre le nazisme 1933-1945 " jusqu'au 31 mai 1996. Cette exposition a été conçue par les responsables du Mémorial de la Résistance allemande de Berlin, Gedenkstätte Deutscher Widerstand, le professeur Peter Steinbach, Johannes Tuchel et Ute Stiepani, le capitaine de vaisseau Jörg Duppler du Service historique de la Bundeswehr, le professeur Hans Peter Hoch de l'Atelier de communication visuelle, les archives fédérales de Coblence et Postdam avec le concours du Goethe-Institut et de l'Institut historique allemand à Paris, du centre Marc-Bloch de Berlin, de l'Office de presse et de l'information du gouvernement allemand. Elle a été placée sous le haut patronage de l'ambassade de la République Fédérale d'Allemagne à Paris.

A travers quatre volets, " La montée du nazisme 1919-1933", " Oppositions et résistances au nazisme 1933-1939 ", " Oppositions, cercles et mouvements de résistance 1939-1944 ", " La conjuration contre Hitler, 20 juillet 1944 ", l'exposition se propose d'évoquer, à l'aide de photos, tracts et films des procès des résistants, une "Allemagne autre que celle du nazisme ".

Elle souligne le caractère précoce des oppositions et résistances, qui, dès 1933, se sont développées dans des conditions dramatiques compte tenu de la dureté de la répression. En Allemagne, le nazisme est chez lui et la très grande majorité des allemands se satisfait, pratiquement jusqu'à la fin de la guerre, du régime national-socialiste. Le nazisme est, en effet, une dictature " avec le peuple " pour reprendre l'expression des historiens allemands. Mais la Résistance a bel et bien existé. Les premiers camps de concentration ont été crées pour y interner les opposants politiques au régime. La gauche dès 1933, et plus tard, les églises et l'armée ont tenté à leur manière de résister.

A la différence de la Résistance française, la Résistance allemande n'a pas été une résistance armée et il n'y a pas eu de maquis. Une série d'attentats contre Hitler, dont le plus célèbre reste celui du 20 juillet 1944, a été tentée mais tous échouèrent. Les motivations des résistants et leurs objectifs ont été multiples. Elle n'a pas eu la force de la Résistance française en raison tout d'abord de sa durée. Douze années, c'est terriblement long et il y a là de nombreux motifs de découragement sans compter la sévérité de la répression. Enfin, l'émigration a commencé dès l'arrivée de Hitler au pouvoir et s'est poursuivie jusqu'en 1939. Les élites intellectuelles, Thomas Mann, Bertolt Brecht, Erich Maria Remarque, Paul Tillich, théologien protestant et Walter Benjamin, philosophe, parmi tant d'autres, ont fui le nouveau régime. La résistance au nazisme a souffert de lourds handicaps : le loyalisme de la masse de la population envers le régime hitlérien engagé à partir de 1939 dans la guerre, l'identification rapide entre rébellion et trahison ; l'objectif numéro un étant le renversement du régime, la Résistance est prise dans l'étau d'un choix tactique : collaborer ou s'opposer radicalement. Enfin, à la différence des autres mouvements de résistance européens, la Résistance allemande n'a pu compter sur aucun appui extérieur.

Hétérogène et fragmentée, la Résistance allemande s'articule de manière schématique autour de trois composantes : la résistance de gauche, celle des Eglises et celle des élites, l'armée, l'aristocratie et les hautes sphères de l'administration.

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(préface du catalogue d'exposition, rédigé par C. Levisse-Touzé, P. Steinbach, J. Tuchel et J.M. Jenn, Des Allemands contre le nazisme, 1933-1945, Ed. Paris Musées, 1995)


 

 

Oppositions et résistances au nazisme, 1933-1939


Après l'incendie du Reichstag, personnes arrêtées sous la garde des SA, mars 1933

© Gedenstätte Deutscher Widerstand (Berlin)

"L'incendie du Reichstag , le 27 février 1933, fournit à Hitler le prétexte pour suspendre, dès le lendemain, toutes les libertés individuelles. De nombreux communistes et sociaux-démocrates sont arrêtés puis, peu après, transférés dans les camps de concentration de Dachau et d'Oranienburg, créés pour mettre les opposants politiques à l'écart parce qu'ils "menacent la sécurité de l'Etat"." (...)

 

(Extrait du catalogue de l'exposition "Des Allemands contre le nazisme 1933-1945", rédigé par J.M. Jenn, C. Levisse-Touzé, P. Steinbach et J. Tuchel, Ed. Paris Musées, 1995.)      

 

 

"Bon nombre de catholiques se montrent fort réservés à l'égard des nouveaux détenteurs du pouvoir. Avec la signature du Concordat (juillet 1933) entre le Reich et le Vatican, dont les termes garantissent l'intangibilité de leur Eglise et  la liberté de leur foi, Hitler parvient à faire adhérer la plupart des évêques catholiques à sa politique. cependant, lorsque les nazis commencent à violer systématiquement le Concordat, certains évêques et ecclésiastiques défendent leur Eglise. Avec l'aide de paroissiens, ils s'opposent à la mise au pas des associations catholiques, à la censure de la presse religieuse, aux obstacles dressés à l'éducation religieuse catholique dans les écoles et à la surveillance des ecclésiastiques. A l'automne 1939, l'ordre d'Hitler d'éliminer les malades mentaux se heurte à l'opposition ouverte et publique de nombreux évêques, ecclésiastiques et fidèles. Les évêques Konrad von Preysing et Clemens August Graf von Galen deviennent les porte-parole de ce mouvement contestataire."(...)        

 

(Extrait du catalogue de l'exposition "Des Allemands contre le nazisme 1933-1645", rédigé par J.M. Jenn, C. Levisse-Touzé, P. Steinbach et J. Tuchel, Ed. Paris Musées, 1995.)  

Clemens August Graf von Galen, l'évêque catholique de Münster

© Gedenstätte Deutscher Widerstand (Berlin)

 

 

le général Ludwig Beck, chef d'état-major en 1938

© Gedenkstätte Deutscher Widerstand (Berlin)

"Avec l'élimination de la SA en 1934, et la prestation du serment à Hitler, l'armée allemande, la Reichswehr, est un partenaire loyal du régime nazi. Le réarmement et la revalorisation officielle de tout ce qui touche l'armée entraînent l'adhésion de nombreux officiers supérieurs aux idées de leur commandant en chef, Hitler. Pourtant, certains généraux ne se laissent pas impressionner par le Führer. Ils s'inquiètent, dès 1937, de la préparation d'une nouvelle guerre. Ainsi, le chef d'état-major, Ludwig Beck refuse de préparer l'invasion de la Tchécoslovaquie en 1938. Il invite les cadres de l'armée à démissionner en bloc de leurs postes afin d'empêcher la guerre et la "perte" du pays. Beck prend la tête d'un groupe de résistants composé d'officiers et de civils bien décidés à éliminer les gouvernants nazis par la force. Mais la détermination des conjurés faiblit, à partir de 1939, en raison des succès militaires de Hitler." (...)   

(Extrait du catalogue de l'exposition "Des Allemands contre le nazisme 1933-1645", rédigé par J.M. Jenn, C. Levisse-Touzé, P. Steinbach et J. Tuchel, Ed. Paris Musées, 1995.)  

      

 

Oppositions, cercles et mouvements de résistance, 1939-1944 


"Pendant la guerre, les nazis renforcent la répression  contre les jeunes gens qui veulent défendre leur indépendance à l'égard de la jeunesse hitlérienne. Un peu partout, se constituent des groupes de jeunes reconnaissables à leur insigne, un edelweiss. Les Edelweiss-Piraten cherchent l'affrontement direct avec les jeunesses hitlériennes. Leur existence est considérée comme une véritable opposition au régime , bien que seul une minorité de jeunes soit en mesure de mener une lutte politique active contre celui-ci. Nombre d'entre-eux sont rapidement considéré comme des "dépravés" ou comme "des éléments nuisibles à la communauté". Ils sont alors soit déportés, soit condamnés à mort par les tribunaux ou assassinés sans la moindre procédure.(...)

Hans et Sophie Scholl avec Christophe Probst, membre du mouvement de la "Rose blanche"

© Gedenstätte Deutscher Widerstand (Berlin)

Un groupe de jeunes étudiants de Munich pratique, depuis 1942, une résistance animée par des raisons d'éthique et de morale, choqués par les exécutions massives en Pologne et en Russie. Ce mouvement connu sous le nom de la Rose blanche (Weisse Rose) , est constitué par Hans et Sophie Scholl, Willi Graf, Christoph Probst et Alexander Schmorell auxquels s'est joint le professeur Kurt Huber. Leur message est de dénoncer le régime et d'encourager leurs camarades à se révolter. Ils préconisent dans leurs tracts diffusés par la poste, mais aussi par des slogans inscrits sur les murs, la résistance passive et le sabotage dans les fabriques d'armement. Les tracts de la Rose blanche comptent parmi les très rares textes de la Résistance allemande où est dénoncée, avec véhémence, l'extermination des juifs."(...)       

(Extrait du catalogue de l'exposition "Des Allemands contre le nazisme 1933-1645", rédigé par J.M. Jenn, C. Levisse-Touzé, P. Steinbach et J. Tuchel, Ed. Paris Musées, 1995.)  

 

 

La conjuration contre Hitler, 20 juillet 1944

séance du Tribunal du Peuple

© Gedenstätte Deutscher Widerstand (Berlin)

"Après la prise du pouvoir par Hitler, les opposants politiques sont déjà poursuivis et déchus de leurs droits. Le droit pénal devient une arme de répression qui place au premier plan la condamnation  des opinions politiques des accusés. Dès 1934, Le Tribunal du Peuple est chargé de poursuivre les activités politiques dirigées contre l'Etat nazi. Surtout sous la férule de son président, Roland Friesler, il devient, à partir de 1942 , un véritable instrument de la terreur, responsable jusqu'à la fin de la guerre, de plus de 5 000 condamnations à mort."(...)

(Extrait du catalogue de l'exposition "Des Allemands contre le nazisme 1933-1645", rédigé par J.M. Jenn, C. Levisse-Touzé, P. Steinbach et J. Tuchel, Ed. Paris Musées, 1995.)     

 

 

"C'est seulement pendant la guerre que le comte Claus Schenk von Stauffenberg prend conscience du caractère criminel de la politique national-socialiste. Toutefois, il ne se libère que peu à peu de la fascination que les succès militaires de Hitler exercent sur lui. Après avoir été grièvement blessé au front, Stauffenberg est muté, au mois de septembre 1943, comme chef d'état-major dans le service général des armées. Dès lors, il entre dans le cercle fermé des opposants au régime. Son nouveau supérieur est le général Friedrich Olbricht qui, depuis 1938, est l'un des moteurs de la résistance militaire.

Olbricht, l'un des instigateurs de l'opération Walkyrie, c'est-à-dire la conjuration contre Hitler du 20 juillet 1944, révèle ses projets de putsch à Stauffenberg et lui fait rencontrer Ludwig Beck et Carl Friedrich Goerdeler. Après l'échec de plusieurs tentatives de soulèvement en 1943 et l'arrestation, à l'été 1944, de conjurés proches de lui, Stauffenberg se décide, au début du mois de juillet 1944, à commettre lui-même l'attentat contre Hitler. Le 20 juillet 1944, il réussit à introduire un paquet d'explosifs dans le grand quartier général fortement gardé du Führer, en Prusse-orientale et à le faire exploser. Une fois sa mission accomplie et croyant Hitler  victime de l'attentat, Strauffenberg rentre à Berlin. La tentative de putsch ayant échoué, il sera fusillé dans la nuit avec ses conjurés, dans la cour du pâté de maisons de la rue Bendler."(...) 

 

(Extrait du catalogue de l'exposition "Des Allemands contre le nazisme 1933-1645", rédigé par J.M. Jenn, C. Levisse-Touzé, P. Steinbach et J. Tuchel, Ed. Paris Musées, 1995.)  

le comte Claus Schenk von Stauffenberg et le chevalier Albrecht Mertz von Quirnheim, à Winniza en Ukraine, 1942

© Gedenstätte Deutscher Widerstand (Berlin)

 

 

 

ORIENTATION BIBLIOGRAPHIQUE


Les ouvrages en bordeaux sont consultables au Centre de Documentation et de recherche du Mémorial Leclerc-Musée Jean Moulin

OUVRAGES

JASPER, Willi, Hôtel Lutétia, un exil allemand à Paris, Ed. Michalson, 1995

LEVISSE-TOUZE, Christine, MARTENS,(sous la direction de) Stefan, Des Allemands contre le nazisme, oppositions et résistances 1933-1945, actes du colloque du 27 au 29 mars 1996, Ed. Albin Michel, 1997

ROVAN, Joseph, Histoire de l'Allemagne des origines à nos jours, Ed. du Seuil, 1994

SANDOZ, Gérard, Ces allemands qui ont défié Hitler, Histoire de la Résistance allemande, Ed. Pygmalion, 1995

SCHOLL, Inge, La Rose blanche, Ed. de Minuit, 1955

STEINBACH, Peter, TUCHEL, Johannes, Widerstand in Deutschland 1933-1945, Beck, 1994; Lexikon des widerstandes 1933-1945, Beck, 1994

STEINBACH, Peter, Widerstand in Widerstreit. Der Widerstand gegen den Nationalsozialismus in der Erinnerung der Deutschen, Schöning, 1994

REVUES

 Non à Hitler, oppositions et résistance contre le régime nazi, Revue des questions allemandes. N°2, 1994

STEINBACH, Peter, La Résistance allemande contre le nazisme: l'opposition au régime, un symbole de l'autre Allemagne, Deutschland, revue sur la politique, la culture, l'économie et les sciences, N°3, juillet 1994


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